Les Invalides, l'art de vivre rive gauche
Le 7e arrondissement a un talent rare : tout y est monumental, et rien n'y est bruyant. Le dôme doré des Invalides, l'esplanade qui descend vers la Seine, la tour Eiffel qui surgit au coin d'une avenue. Et pourtant, à 20 heures, on entend les merles. C'est le quartier que nous conseillons à ceux qui veulent le Paris carte postale sans le Paris qui klaxonne.
L'histoire est belle : en 1670, Louis XIV décide d'offrir un toit à ses soldats blessés. Libéral Bruant dessine quinze cours et une façade de deux cents mètres, Hardouin-Mansart coiffe le tout de son dôme. L'or vient d'être refait à la feuille, allez le voir au soleil couchant depuis l'esplanade. Depuis 1861, Napoléon y dort dans un sarcophage de quartzite rouge. Autour, le faubourg s'est couvert d'hôtels particuliers « entre cour et jardin », cette invention si française où la maison tourne le dos à la rue. Le nôtre en fait partie : c'est pour ça qu'on n'entend rien.
Mais ce qu'on aime vraiment ici, c'est la vie de village qui se glisse entre les monuments. Le marché de la rue Cler, où le fromager vous reconnaît au bout de deux semaines. Les jardins du musée Rodin, trois hectares de roses autour du Penseur, pour quelques euros : notre bureau d'été officiel. Le Champ-de-Mars à 8 heures, quand la tour Eiffel n'appartient qu'aux coureurs. Et le dimanche, l'esplanade se couvre de pique-niques et de parties de pétanque, face à l'un des plus beaux monuments du monde, et personne ne trouve ça extraordinaire.
Ajoutez Le Bon Marché à vingt minutes de marche (le plus ancien grand magasin du monde, et sa Grande Épicerie qui mérite le déplacement à elle seule), les pâtisseries de la rue Saint-Dominique, les antiquaires du Carré Rive Gauche. Vivre aux Invalides, c'est choisir ce Paris-là : celui qui a tout, et qui n'éprouve pas le besoin de le dire.